Du cuir animal au végétal

A base de cuir de fruit ou de légumes, le cuir végétal ne cesse de faire des adeptes. De nombreuses marques de notoriété publiques s’engagent peu à peu dans ce nouveau matériau prometteur que craint l’industrie du cuir animal.
Réputé sans souffrance et respectueux de l’environnement, qu’a-t-il a offrir de plus que le cuir animal ? En quoi le cuir végétal est-il meilleur pour notre santé, l’équité sociale et le respect de l’environnement ?

Filière cuir: esclavagisme et pollution
La filière cuir est en partie alimentée par celle de la viande dont la consommation diminue de 4% par an en France. C’est autant de peaux non-récoltées par la filière cuir qui a vu « sa quantité de peaux disponible divisée par deux en l’espace de 25 ans ». Un constat que déplore Denis Geissmann, président du syndicat général des cuirs et peaux.

La peau est d’abord traitée dans de grands tonneaux à agents tannants. Ce processus appelé tannage minéral intoxique les populations  puisqu’il nécessite l’usage de métaux lourds dont le chrome (substance allergène et cancérigène) qui se déversent dans les nappes phréatiques, polluant notre éco-système.

Sur le plan social, l’effondrement du Rana Plaza en 2013 a participé à la révélation des méthodes de travail peu scrupuleuses de l’industrie du cuir qui emploie des mineurs sans permis de travail, exploitent les travailleurs pour des salaires en dessous du minimum légal (60 euro mensuel pour un travailleur bangladeshi), sans compter la violence physique et psychologique.

A cela s’ajoute les multiples échanges mondiaux pour importer ou exporter la peau qui compliquent la traçabilité des produits et font de l’industrie textile la deuxième plus polluante au monde.
Dans le palmarès des échanges mondiaux, la France se positionne à la 4ème place des principaux exportateurs et leader mondial du cuir de veau et peaux exotiques.

Pourtant pérenne avec ses 25 milliards d’euros de chiffre d’affaire, l’industrie du cuir s’oppose présentement à l’appellation du « cuir végétal », galvaudant « la richesse de la matière et du savoir-faire » selon Frank Boehly, président du Conseil national du cuir.
Attention!
 L’appellation « cuir végétal » est un faux-ami puisqu’il caractérise l’utilisation de tanins végétaux réalisé avec des écorces. Le cuir issu de fibres plastiques ou végétales se fait appeler cuir artificiel/synthétique/vegan.

Les marques s’engagent
Les récentes révélations sur les dessous de l’industrie textiles ont eu engendré une réaction de 2 millions de consommateurs engagés via le hashtag #whomademyclothes qui a atteint près de 533 millions de personnes.
Les marques ont ensuite réalisé la prise de conscience du consommateur, cherchant à créer des alternatives à ce problème. 

Doc Martens, Addidas et Esprit se lancent dans l’alternative et déclinent leurs best-sellers en cuir synthétique ou simili-cuir, une initiative soutenue par PETA puiqu’il ne nécessite pas la peau d’un animal.
Mais utilisant les matières plastiques issues de la pétrochomie, ces produits sont difficilement biodégradables et donc pas écolo.

Puma, Nike et Camper vont encore plus loin en concevant leurs prototypes de chaussures en fibre d’ananas.
Le Piñatex issue de fibre d’ananas est l’un des tous premiers cuirs éco-responsables mis sur le marché.
Ce sous-produit de la culture ananas respecte l’environnement puisqu’il n’a nul besoin de terres supplémentaires pour être implanté.
Certains produits sont déjà disponibles et sur le site de l’entreprise Ananas Anam au cœur du projet.


Les super-pouvoir du cuir végétal
A base de champignon, de thé, de bois, de raisin ou d’ananas, ces cuirs détiennent notamment de multiples vertus pour notre corps: anti-bactériennes, anti-perspirantes ou encore à mémoire de forme, ces matériaux respectent notre corps et notre terre puisque le tannage peut être effectué sans produits toxiques, issus de forêts durables ou de déchets de fruits.

Combo de levures et thé Kombucha


Né de la fermentation de thé Kombucha et d’une culture de levures, ce matériau végétal a de beaux jours devant lui.
Comment ça marche ? Mélangée à la culture du Kombucha, la levure fait cailler le thé qui est séché pour devenir un textile résistant. Facile à travailler pour les designers, le Kombucha a déjà été vu porté par des mannequins lors de défilés aux Etats-Unis et en Angleterre.
Noter qu’on peut le fabriquer soi-même en attendant sa mise en vente.

Muskin: le nouveau daim

On l’aimait sautée à la poêle avec un peu de persil, et on va encore mieux l’apprécier.
Cueillie, façonnée et séchée, la Pleurote, ce champignon comestible devient souple et légère avec une surface isolante et douce…comme une peau de chamois.
100% biodégradable, le Muskin absorbe et libère l’humidité, il permet d’éviter la prolifération de bactéries et s’adapte parfaitement aux semelles de chaussures, montres et bracelets.
L’entreprise italienne Grado Zero espace commercialise déjà ces petits bijoux en quantité limitée.

Le Sabot 2.0
La société Nat-2 s’est lancée dans la confection de chaussures en bois issues de forêts durables et équitables.

Le cuir de raisin



Et le prix de l’innovation 2017 des PETA Fashion Awards revient à la petite start-up italienne Vegea qui trouve le moyen de recycler 14 millions de tonnes annuelles de déchets issus des vignes en cuir de raisin.
Non content d’imiter la peau animale à la perfection, ce fil textile proche de celui du coton également éco-durable puisqu’il ne nécessite aucune ressource supplémentaire et favorise l’économie circulaire. Peau, branches et pépins de raisin, tous les déchets de nos vignes y passent.

Conclusion 
L’industrie textile est l’une des plus polluante au monde puisque 80 milliards de vêtements sont fabriqués chaque année dans le monde, quand on ne porte que 70% de notre garde-robe. C’est une réelle prise de conscience des consommateurs et des industriels qui s’engagent peu à peu vers un avenir plus responsable en terme de santé publique, d’équité sociale et de respect du vivant. Il est nécessaire de soutenir ces acteurs du changement, les grands groupes comme les nouveaux entrants en pratiquant le vote par l’achat et en optant pour le show fashion afin de réduire notre propre consommation que l’on souhaite raisonnée et sélective.

Cet article a été rédigé par

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5 commentaires Ajoutez les votres
  1. Bonjour tout le monde

    Génial d’avoir concentré toutes ses informations sur ce site
    j’espère que ce » mouvement » proliférera au plus vite.
    A bientôt

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